La technologie est sur le point de transformer les traitements en santé mentale.

L’intelligence artificielle peut-elle fournir des diagnostics précis en santé mentale ? La réalité virtuelle peut-elle offrir des traitements efficaces contre l’anxiété ? La thérapie cognitivo-comportementale peut-elle fonctionner lorsqu’elle est offerte sur Internet ?

L’accumulation de données probantes laisse entrevoir que la réponse est oui, selon Charmaine Alexander, conseillère principale en gestion de l’invalidité chez Desjardins Assurances, qui a présenté certaines des données lors d’un webinaire national organisé par l’Institut canadien de la retraite et des avantages sociaux, tenu le 27 janvier 2021.

Le thème du webinaire était « Santé mentale : de l’innovation technologique au progrès humain » et le message était clair : la technologie, utilisée de manière appropriée dans le cadre des régimes d’avantages sociaux, peut encourager davantage de personnes à utiliser les services qui leur sont offerts et se traduire par une main-d’œuvre en meilleure santé mentale.

L’amélioration de l’accès – un domaine dans lequel la technologie est particulièrement performante – est essentielle, selon la recherche citée par Mme Alexander qui a révélé que 60 % des employés ne recourent pas aux ressources en santé mentale offertes par leur employeur. Et c’est particulièrement important en ce moment, avec la pandémie qui augmente le pourcentage de personnes signalant des signes de trouble de stress post-traumatique (TSPT), passant d’une proportion normale de 5 à 10 % pour atteindre jusqu’à 26 % selon une autre étude dont elle a parlé.

En ce qui concerne les régimes d’avantages sociaux, il est également essentiel d’apporter aux gens l’aide dont ils ont besoin, car même si la santé mentale ne représente qu’environ 30 % des demandes de prestations d’invalidité de longue durée, elle représente environ 70 % des coûts d’invalidité de longue durée ; et ces chiffres, comme l’a souligné Mme Alexander, sont ceux d’il y a deux ans, avant l’arrivée de la COVID-19.

Des robots psychiatres ?

Dans cet environnement difficile, l’intelligence artificielle prouve qu’il vaut la peine d’analyser le langage parlé, le langage corporel et les données mobiles pour établir des diagnostics psychiatriques, a affirmé Mme Alexander, même s’il faut pour cela une quantité considérable de données issues de séances avec des thérapeutes pour construire un modèle de travail.

Pourtant, a-t-elle dit, « l’idée d’un robot psychiatre peut vous sembler très lointaine, mais nous en sommes très proches… Une étude portant sur 225 personnes … a montré que l’intelligence artificielle était en fait capable d’établir un diagnostic correct aussi précisément qu’un clinicien réel ».

Le but, bien entendu, n’est pas de remplacer les psychiatres humains, mais l’espoir est que l’intelligence artificielle pourrait fournir une évaluation initiale plusieurs mois avant qu’il soit possible de prendre rendez-vous avec un psychiatre. Le diagnostic et les recommandations ainsi obtenus pourraient alors être transmis au psychiatre, qui prendrait en charge le traitement à partir de là.

En attendant, la réalité virtuelle est déjà utilisée pour fournir une thérapie par exposition aux patients souffrant d’anxiété et de phobies, permettant à ces derniers de faire l’expérience d’une situation qui les rend nerveux dans un environnement sûr, comme le cabinet d’un médecin. Une thérapie cognitivo-comportementale par Internet s’avère également efficace pour traiter l’anxiété, puisque 80 % des personnes interrogées dans le cadre d’une étude ont déclaré qu’elles étaient en mesure de travailler plus efficacement après le traitement, selon Mme Alexander.

Briser la glace.

Desjardins est en train d’intégrer l’intelligence artificielle dans ses programmes d’aide aux employés (PAE). Son outil d’intelligence artificielle, Epsylio, sert de point de contact initial, en posant des questions pour clarifier les besoins d’un participant au régime, faire des suggestions et fournir des références lorsque nécessaire.

« L’outil est là pour briser la glace, pour rendre les gens plus à l’aise de commencer à s’occuper de leur bien-être mental, des facteurs de stress mental qu’ils ressentent », a souligné Mme Alexander. « Cette technologie est un outil supplémentaire pour établir des liens avec les employés qui n’ont peut-être jamais demandé de l’aide – soit les 60 % mentionnés plus tôt. »

Mme Alexander a aussi souligné qu’au-delà de la technologie tape-à-l’œil, il existe une autre source d’innovation en santé mentale que les régimes d’avantages sociaux peuvent exploiter : nos cœurs et nos esprits.

« Une grande partie de ce qui constitue notre bien-être psychologique provient de nos interactions avec les gens ; c’est pourquoi nous devons souvent nous demander – en tant qu’employeurs, collègues et membres de la société – comment nous pouvons changer la façon dont nous interagissons avec nos employés et nos collègues, afin que ces interactions puissent aider à prévenir les maladies mentales [et] contribuer au bien-être mental de quelqu’un », a-t-elle ajouté.

Elle a suggéré un modèle de contrat social entre les employeurs et les employés qui place la santé mentale au centre, entourée d’une culture de la santé globale dans un environnement sûr et inclusif, avec de saines pratiques de gestion et une formation appropriée. Une façon d’innover, a-t-elle ajouté, peut consister à aborder la santé mentale, physique et financière pour créer un milieu de travail plus sain dans l’ensemble.

« Nous savons, d’après des études, que les entreprises qui placent réellement la santé mentale et le bien-être [parmi] leurs valeurs fondamentales bénéficient également de meilleurs rendements et sont très bien cotées », a déclaré Mme Alexander, ajoutant que « les programmes de santé mentale affichent un rendement du capital investi positif après trois ans ».

(Certains liens dans cet article ne sont disponibles qu’en anglais.)

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