La perspective du payeur privé est importante lorsqu’on considère le rapport coût-efficacité des médicaments.

Les rapports coût-efficacité différentiels (RCED), qui donnent aux payeurs une idée du rapport coût-efficacité des médicaments arrivant sur le marché, sont des outils précieux pour prendre des décisions en matière de remboursement. Ils mettent en lumière la différence entre les coûts (en unités monétaires) d’au moins deux interventions de soins de santé et la différence quant à leurs résultats, permettant aux décideurs d’évaluer la valeur d’un traitement.

Traditionnellement, les RCED sont calculés selon la perspective du payeur public, en tenant compte des différentes populations et des coûts pris en charge par le payeur public. Or, les RCED calculés selon la perspective du payeur public ne sont pas pertinents pour le payeur privé.

Le résultat final est que le rapport coût-efficacité des nouveaux médicaments est vu selon le point de vue d’un payeur public. Cela signifie, en fin de compte, des différences dans l’évaluation de l’optimisation des ressources (la valeur en fonction du prix). Dans la plupart des cas, « les modèles économiques que TELUS Santé reçoit sont les mêmes que ceux qui sont soumis à l’Agence canadienne des médicaments et des technologies de la santé (ACMTS) », affirme Daria O’Reilly, Ph. D., économiste de la santé en chef chez TELUS Santé. »

« Pourtant, continue-t-elle, les payeurs publics et privés ont des objectifs différents parce que les populations qu’ils couvrent sont différentes ; par conséquent, ils accordent de la valeur à des bienfaits différents tirés des médicaments ».

Changement de perspective.

C’est pourquoi TELUS Santé a récemment entrepris une analyse des demandes d’évaluation de médicaments (disponible en anglais seulement) afin de comparer les RCED calculés selon la perspective du payeur privé plutôt que celle du payeur public. Un examen rétrospectif de 47 demandes d’évaluation de médicaments a été effectué et tous les coûts financés par le système public ont été retirés des modèles économiques.

L’analyse comparait les éléments suivants :la différence moyenne de coût différentiel par année de vie ajustée en fonction de la qualité (AVAQ);

  • la variation absolue en pourcentage du RCED;
  • la différence de RCED entre les médicaments oncologiques et les médicaments non oncologiques.

Des résultats intéressants.

Les résultats de notre analyse ont été spectaculaires. Lors de la comparaison de 37 produits avec 47 indications (31 à des fins oncologiques) :

  • 22 RCED ont diminué en utilisant la perspective du payeur privé.
  • Le RCED moyen pour ceux qui ont diminué était de 22 861 $/AVAQ.
  • La variation moyenne du RCED pour ceux qui ont augmenté était de 40 789 $/AVAQ.
  • La différence moyenne de RCED par suite de l’adoption de la perspective du payeur privé représentait une augmentation de 8 188 $/QALY (écart type de 53 782 $; intervalle de confiance [IC] de 95 % [-97 225 $, +113 600 $]).
  • La variation moyenne en pourcentage était de 2 % (écart type de 14 % ; IC de 95 % [-29 % à +25 %]) pour les médicaments oncologiques.
  • Selon la perspective d’un payeur privé, la variation moyenne pour les médicaments oncologiques représentait une diminution de 5 409 $/AVAQ. Pour les médicaments non oncologiques, la variation moyenne représentait une augmentation de 50 338 $/AVAQ. Nombre de ces médicaments sont des médicaments à coût élevé ou pour le traitement de maladies rares.
DOMAINE THÉRAPEUTIQUE RCED PUBLIC RCED PRIVÉ DIFFÉRENCE VARIATION en %
Oncologique (31) 257 705 $ 252 296 $ -5 409 $ -2 %
Non oncologique (10) 685 286 $ 735 623 $ 50 338 $ 7 %
Total (41) 361 993 $ 370 180 $ 8 188 $ 2 %

« Le secteur public utilise les RCED depuis des décennies pour aider à la prise de décisions en matière de remboursement », explique Mme O’Reilly, qui a dirigé l’étude. « En fin de compte, on ne peut pas se contenter d’utiliser le RCED calculé selon la perspective du payeur public et l’appliquer au payeur privé. »

La leçon apprise.

Le fait que les RCED aient toujours été calculés selon la perspective des payeurs publics ne signifie pas qu’ils devaient l’être, souligne Mme O’Reilly. Elle affirme que le calcul des RCED avec de nouveaux paramètres permet aux preneurs de régime d’être en mesure de prendre des décisions plus éclairées fondées sur des données probantes.

« Je pense que les payeurs privés établissaient leurs listes de médicaments sans tenir compte de l’analyse du rapport coût-efficacité, affirme-t-elle. Cependant, cet état de fait change rapidement. Les payeurs privés commencent à se tourner vers des évaluations économiques pour les aider à évaluer le coût des médicaments. Par ailleurs, certains des assureurs les plus importants embauchent des personnes qui possèdent une expertise en évaluation des technologies de la santé et en économie de la santé. »

« Des médicaments coûteux arrivent continuellement sur le marché et les preneurs de régime doivent contrôler les dépenses tout en offrant un accès à des traitements efficaces pour leurs employés. Une évaluation économique peut aider à déterminer si un investissement dans un médicament procure une optimisation des ressources. »

Selon elle, bien que le dialogue vienne à peine de commencer, l’écart type constaté dans cette étude (14 %) est suffisamment élevé pour convaincre les fabricants de médicaments d’ajuster leurs évaluations économiques. Un écart type de 14 % suggère que la différence du rapport coût-efficacité différentiel peut être importante dans les deux sens.

Bien que ce ne soit qu’un début, Mme O’Reilly croit que les fabricants vont progressivement adapter leurs modèles au payeur privé, ce qui permettra à celui-ci de prendre des décisions plus judicieuses et plus objectives concernant les médicaments, et par conséquent, d’assurer une meilleure valeur.

« L’objectif est de travailler en collaboration avec les payeurs et les fabricants pour rendre les modèles économiques de la santé pertinents pour le payeur privé », conclut Mme O’Reilly.

En savoir plus.

Les résultats de l’analyse de TELUS sont actuellement disponibles dans le cadre du Symposium virtuel de l’ACMTS de 2020. Ils étaient également présentés lors du congrès de l’Association canadienne pour la thérapeutique de population let 27 octobre 2020. (Les liens sont disponibles en anglais seulement.)

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